Nietzsche et l’art

« … (L’art, disons-le par anticipation, car j’y reviendrai plus longuement une autre fois, –  l’art, en quoi le mensonge se sanctifie, en quoi la volonté de tromper a la bonne conscience de son côté, s’oppose à l’idéal ascétique bien plus fondamentalement que la science : c’est ainsi que le ressentit l’instinct de Platon, le plus grand ennemi de l’art que l’Europe ait jamais connu. Platon contre Homère: voilà le vrai, le total antagonisme – d’un côté le volontaire de « l’au-delà », le grand calomniateur de la vie; de l’autre celui qui ne peut en être que l’adorateur, la nature d’or. C’est pourquoi l’assujettissement de l’artiste à l’idéal ascétique est le comble de la corruption artistique, malheureusement l’une des plus communes : car rien n’est plus corruptible qu’un artiste.) Même au point de vue physiologique, la science repose sur les mêmes bases que l’idéal ascétique : l’un et l’autre supposent un certain appauvrissement de la vie, le refroidissement des sentiments, le ralentissement du rythme, la substitution de la dialectique aux instincts, le sérieux pénétrant les mimiques et les gestes (le sérieux, signe infaillible d’une difficulté accrue des échanges, d’un mauvais fonctionnement de la vie)… »

NIETZSCHE, « La généalogie de la morale », Que signifient les idéaux ascétiques?
éditions Folio, p. 184.

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