Archive pour la catégorie ‘In memoriam’

Michel Champendal n’est plus

Lundi 4 mai 2009

Michel Champendal Michel, c’était les EMC. Un éditeur indépendant qui a publié entre autres les “Aventures Mémorables de Pamphile de Milet”, de Gaëtan Rudent dont je fus la muse en son temps. C’est comme ça que j’ai eu affaire à lui. C’était un type expansif, trop peut-être. Son besoin d’être en lien lui faisait distribuer une foule de mots pour tout et pour tous; un type généreux, trop peut-être. Et puis les mots l’ont encerclé, sous la forme d’une stupide faillite, on aurait pu s’y attendre par les temps qui courent. Les petits éditeurs sont quasiment déjà tous tombés. Puis il a tenté une fois de plus de mettre son trop plein en mots, mais en tant qu’écrivain cette fois… Mais les mots se sont dégonflés jusqu’à laisser la place aux maux. Michel me l’avait dit, il n’était pas fait pour être de ce côté de la plume, c’était un libre penseur et un humaniste. Impuissants, on a vu sa barque s’éloigner de la rive, c’est vraiment trop triste. Je l’aimais bien.

http://www.champendal.com/

http://www.champendal.com/hommage.php

Hommage à Marc Cresci

Vendredi 25 mai 2007

Marc,

Je reste sans mot à l’idée de ne plus pouvoir croiser ton visage rieur
De ne plus sentir ta main sur mon épaule à l’improviste
Au détour d’un concert

Nous nous retrouvions encore et toujours
Quels que soient les chemins que nous suivions
Quel que soit le temps qui séparait chacune de nos rencontres
Qu’il s’agisse de quelques heures, de quelques jours ou de quelques mois
Comme ce texte d’Auberson qui nous avait tant fait délirer
« Le temps et la vitesse s’accélère - ange rebelle t’es fou ! »

On refaisait à chaque fois le monde
A la recherche de notre Graal
Toutes ces années qui défilent dans ma tête
Au rythme des joies et des coups durs

Quelque chose comme 18 ans de complicité
Avec toujours cette même quête d’un absolu
Que j’ai, de mon côté, appris à relativiser et à apprivoiser
Et que toi de ton côté tu as poursuivi sans relâche
Au risque parfois de ne plus savoir comment t’enraciner

Tu n’as jamais vraiment su comment poser tes valises
Mais elles étaient toujours pleines de mille envies, de mille projets

De Bell - usine à Kugler, tu m’auras fait voyager dans ton univers
Et nous aurons mêlé nos couleurs musicales
Lorsque de mes douze ou six cordes, je partais dans mes délires sonores
Et que tu t’improvisais percussionniste ou homme-orchestre
Jusqu’à l’aube de nos atmosphères psychédéliques

Toi l’ami avec qui j’ai partagé tant d’instants magiques
Je me sens aujourd’hui orphelin
Orphelin de ton rire qui me faisait tellement marrer
Orphelin de nos poussées de gueule et de nos rebellions

Et même si tu me manqueras « vecchio crapolone »
Je suis sûr que tu as trouvé la paix que tu recherchais tant
Et c’est de cela que je veux me nourrir
Lorsqu’à chaque fois, dorénavant je penserai à toi
Tu es certainement en train de bien déconner parmi les anges rebelles !

Olivier Baiolla

Marc Cresci nous a quitté

Samedi 19 mai 2007

Voilà quelque chose d’assez difficile à digérer, Marc n’avait pas l’âge de tirer sa révérence.  Je ne le connais pas très  personnellement, je sais de lui ce que nous avons partagé pendant le workshop du “temps de latence”, à la Villa Dutoit de Genève, en 2005, et nos rencontres chaleureuses pendant les vernissages. C’était un type sincère et passionné.  Ce qui m’a frappée pendant le workshop, c’est que tandis que je tournais comme une hélice pour produire un maximum de pièces en ce minimum de temps, je l’ai surtout vu discutter et réfléchir. C’est seulement à la fin de la semaine, quasiment au dernier jour, qu’il a monté son installation, apparemment en toute décontraction. Et quelle installation, j’en suis restée baba. Pour moi, Marc, c’était un Maître, un artiste de l’élégance et de l’économie de l’effort, tout ce que je ne maîtrise pas pour ma part. Chapeau Marc!

Si vous n’avez pas vu l’expo, je vous laisse juger d’après photos:

Cresci Marc Temps de latence

CRESCI Marc, temps de latence

Adieu Marc, je t’aimais bien.

En souvenir de Stan et Louise White

Samedi 12 août 2006

Louise


Louise White, en 2000 Il y a quelques jours Judy, la femme de Loren White que tout le monde appelle Dutch, m’a téléphoné pour me proposer de participer à un mémorial en l’honneur de Stanley et Louise White, couple d’américains hors du commun.
Pour commencer, je dois dire merci à Stan et Louise pour la liberté que m’a autorisé leur ouverture d’esprit et leur extraordinaire capacité d’accueil. C’est bien parce que j’étais certaine de retrouver ce port d’attache au moment voulu que j’ai pu m’offrir la liberté de passer plusieurs mois aux USA en 1970. Ils m’ont accueilli au retour, sans question, comme un enfant qui revient, ça ne s’oublie pas. Atterrir chez White, ce n’était pas n’importe où. C’était un fameux pôle de rencontres où il était difficile de vivre la solitude ou l’isolement. C’était un endroit réellement excitant, non seulement il y avait toujours du sang frais, mais il y avait un courant d’idées très entretenu. On y débattait écologie, société, politique, art, philosophie, métaphysique, et pour ce qui est de l’amour on ne faisait pas qu’en parler -  bref on s’y construisait un monde meilleur, ça va de soi. Inutile de dire que pour accompagner les côtés stimulants et créatifs, il y avait aussi quelques illusions dans l’air et les maux existentiels noyés dans le mélange des identités ressurgissaient tôt ou tard. On échappe difficilement à ses propres chimères, mais chez White elles évoluaient sur un écran panoramique. Stan et Louise étaient des exilés du Mac Carthisme et leurs valeurs morales étaient fortes. Le clan White s’est édifié en Europe sur fond d’intégrité de caractère. En d’autres temps, Stan jeune et brillant avocat, aurait certainement développé une belle carrière aux USA, mais, pas plus que Louise, il n’a accepté de se plier aux humiliations infligées par la violente ségrégation raciale en vigueur à l’époque, il n’y avait même pas à choisir. Amer destin d’exilés, rebelles peut-être, mais pas résignés.
Stan avait du coffre, non seulement physiquement par sa présence imposante, mais il voyait grand, en patriarche conscient de son rôle, il a implanté son clan dans un terreau généreux. La maison de Veyrier, pouvait contenir pas mal de monde et ceux qui ne trouvaient pas leur espace là, construisaient la maison de la Roque sur Cèze.
Difficile d’évaluer le nombre de jeunes qui ont gravité autour du clan entre les années 60 et 90, et qui comme moi, ont fait plus ou moins partie de la famille.
Stan avait le sens des largesses et j’ai souvenir qu’il remplissait le frigidaire sans compter quand les traductions payaient bien. Il donnait l’impression que l’argent n’avait pas d’importance pourvu qu’il y en ait. Il avait une façon très directe, même un peu dure de rabattre le caquet des femelles trop excitées (j’en sais quelque chose), en somme il mettait bon ordre dans le poulailler. Je n’oublierai pas non plus ses baisers de propriétaire à chaque nouvel an. Bref un mec, un vrai, comme on n’en fait plus.
Louise, c’était du concentré de bonne femme, du caractère, un regard d’aigle, un jugement pointu. Elle vous calibrait en quelques secondes. N’empêche que dans les moments un peu difficiles, je me suis souvent adressée à ses talents divinatoires. Elle savait exactement les mots sur lesquels s’appuyer pour vous tracer un futur acceptable. Elle pointait juste, au bon endroit, sachant désigner une direction rassurante. Un déménagement, un changement de carrière, des hésitations, un enfant, un projet important -  je faisais confiance à sa vision du monde. Je n’ai peut-être pas suivi toutes ses directions à la lettre mais je me suis souvent référée à ses conseils sages et à ses critiques pertinentes pour l’essentiel. Louise se lançait fréquemment dans une rhétorique sophistiquée et la plupart du temps je ne pouvais pas la suivre, mon anglais ne m’y autorisait pas mais j’admirais son incroyable capacité à s’extraire de la réalité ordinaire. J’ai connu Louise bijoutière, tisserande quand elle n’était pas secrétaire ou traductrice, puis chroniqueuse radiophonique virulente jusqu’à la toute fin de sa vie. Je n’ai pas connu la période beaux-arts, mais j’ai vu des croquis qui ne déméritaient pas. Louise était multiple, intelligente et pour ne rien gâter de son impressionnant capital d’énergie, une rivale vigoureuse jusqu’aux moments ultimes de son existence. Elle savait s’entourer d’une compagnie d’adorateurs masculins et les derniers mois de sa vie sont inoubliables. Dès l’annonce de la maladie, il n’y a pas eu un soir où elle n’ait été célébrée et entourée par ses admirateurs. Si elle était encore de ce monde, j’en serais verte de jalousie. Elle n’a eu qu’un seul regret face à la mort, c’est de devoir arrêter la fête. Qui peut mériter une telle fin, à 86 ans, si ce n’est une grande dame et comment lui rendre mieux hommage ?

Depuis juin 2000, Louise figure sur l’autel de mes ancêtres adoptés, son esprit m’accompagne. Hugh!