En octobre 2005, Gérard Imhof au Jardin Botanique de Genève

Imhof - bagages

L’expression du désespoir n’est acceptable que si l’espoir la suit de très près. Oui, tout est grignoté par la vermine et tout disparaîtra, mais c’est en principe pour mieux préparer le terreau des vies nouvelles. La beauté est éphémère et fragile, sa révélation touche au merveilleux et enveloppe l’âme d’un doux regret. Maître d’une intemporelle nostalgie, Gérard Imhof, avec l’humour acerbe du désespoir, met ici en scène l’inéluctable cycle de la vie, le méticuleux travail d’un monde discret et silencieux dont les acteurs les plus nobles sont les insectes. Tandis que leur activité s’exerce au cœur du bois qu’ils «vermoulent» patiemment, nous les humains poursuivons parallèlement la nôtre.  Deux sociétés qui consomment la nature et se reproduisent, à une nuance près : celle des insectes fait place nette pour la vie à venir, alors que celle des humains fait place morte pour le non-avenir. Véhicules rongés accrochés aux arbres ou emplâtrés face à un symbole religieux, déploiement militaire autodestructeur, rouge gorge tragique dont le sang s’écoule en fine sciure –  enfin face à ces macabres représentations, quelques pétales nacrés de monnaie du pape ou quelques feuilles de tilleul immortalisées avec l’incommensurable délicatesse qui caractérise la touche de l’artiste. Sous le dehors trompeur d’une application désuète, l’œuvre dit tour à tour la beauté et l’aspect mortifère d’un monde dérisoire qui s’étend largement au-delà de toute forme de frontière. En plus de ses remarquables qualités plastiques, l’art de Gérard Imhof est parfaitement universel. Octobre 2005

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