{"id":43,"date":"2006-01-25T19:31:12","date_gmt":"2006-01-25T18:31:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=43"},"modified":"2009-08-23T11:32:01","modified_gmt":"2009-08-23T09:32:01","slug":"la-fontaine-de-duchamps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=43","title":{"rendered":"Le grand bas-art"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">ARTENSION publie dans le n\u00c2\u00b027 du mois de janvier une s\u00c3\u00a9rie d&rsquo;articles sur DADA donnant une dimension plus saisissable \u00c3\u00a0 l&rsquo;\u00c3\u00a9tonnant culte vou\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 la fontaine-urinoir de Marcel Duchamps. Le magazine m&rsquo;a g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reusement transmis l&rsquo;ensemble de ses articles sur l&rsquo;art contemporain et en autorise l&rsquo;utilisation libre (toutefois accompagn\u00c3\u00a9e du nom de l&rsquo;auteur et de la date de parution dans ARTENSION). Je ne r\u00c3\u00a9siste pas \u00c3\u00a0 la tentation d&rsquo;en livrer au moins un.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><strong>Exposition Dada : le grand bas-art<\/strong><\/span><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\"> <\/span><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">par Fran\u00c3\u00a7oise Monnin<\/span><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Mille \u00c2\u00ab oeuvres \u00c2\u00bb, cinquante \u00c2\u00ab artistes \u00c2\u00bb : l&rsquo;exposition du Centre Pompidou consacre la col\u00c3\u00a8re exprim\u00c3\u00a9e par une poign\u00c3\u00a9e d&rsquo;intellectuels pendant la premi\u00c3\u00a8re guerre mondiale. Mais si leur g\u00c3\u00a9niale audace a favoris\u00c3\u00a9 notre \u00c3\u00a9mancipation, les gadgets qu&rsquo;ils ont fabriqu\u00c3\u00a9s, ont-ils leur place parmi les chefs &#8211; d&rsquo;oeuvre de notre histoire de l&rsquo;art ?<\/span><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">\u00c2\u00ab Dada \u00c3\u00a9tait une bombe, qui s&#8217;emploierait \u00c3\u00a0 en recueillir les \u00c3\u00a9clats, \u00c3\u00a0 les coller ensemble et \u00c3\u00a0 les montrer ? Que sauront-ils de plus ? On va leur montrer des objets, des collages. Par cela, nous exprimions notre d\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbt, notre indignation, notre r\u00c3\u00a9volte. Eux n&rsquo;y verront qu&rsquo;une phase, qu&rsquo;une \u00c2\u00ab \u00c3\u00a9tape \u00c2\u00bb comme ils disent, de l&rsquo;Histoire de l&rsquo;Art \u00c2\u00bb, \u00c3\u00a9ructait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 Max Ernst, lors de la pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9dente exposition consacr\u00c3\u00a9e \u00c3\u00a0 Dada par le mus\u00c3\u00a9e national d&rsquo;art moderne parisien, en 1966. Peine perdue ! Son ancien complice, le th\u00c3\u00a9oricien Marcel Duchamp, constatait alors lui aussi combien l&rsquo;histoire dig\u00c3\u00a8re toute forme nouvelle \u00c3\u00a9mergeante, combien toute \u00c2\u00ab avanc\u00c3\u00a9e hasardeuse dans des territoires encore mal d\u00c3\u00a9finis \u00c2\u00bb (l&rsquo;historien d&rsquo;art Marc Lebot d\u00c3\u00a9finit ainsi la notion d&rsquo;avant-garde) est condamn\u00c3\u00a9e par le succ\u00c3\u00a8s \u00c3\u00a0 l&rsquo;acad\u00c3\u00a9misme. Renier le pass\u00c3\u00a9 revient \u00c3\u00a0 lui appartenir, une fois le temps pass\u00c3\u00a9. Dire merde au monde fait entrer le mot merde dans le dictionnaire de ce m\u00c3\u00aame monde. Et, si celles qui ratent tombent dans l&rsquo;?oubli, toutes les r\u00c3\u00a9volutions r\u00c3\u00a9ussies sont appel\u00c3\u00a9es \u00c3\u00a0 finir soigneusement r\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9renc\u00c3\u00a9es dans la chronologie de l&rsquo;histoire des hommes. Il n&rsquo;existe aucune alternative. Telle est la Culture. Il en va de Dada comme du reste. La sulfureuse attitude artistique des ann\u00c3\u00a9es 1910, en refusant tous les principes inh\u00c3\u00a9rents \u00c3\u00a0 la tradition des beaux-arts, a mis \u00c3\u00a0 leur place ceux des bas-arts, destin\u00c3\u00a9s \u00c3\u00a0 leur tour \u00c3\u00a0 un succ\u00c3\u00a8s spectaculaire ; et par cons\u00c3\u00a9quent \u00c3\u00a0 une r\u00c3\u00a9cup\u00c3\u00a9ration.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Petits riens et grosses col\u00c3\u00a8resL&rsquo;actuelle exposition du Centre Pompidou est \u00c3\u00a0 ce titre formidable, \u00c3\u00a9norme, anthologique. Dada n&rsquo;entendait produire que des petits \u00c2\u00ab riens \u00c2\u00bb et ces petits riens aujourd&rsquo;hui r\u00c3\u00a9unis remplissent tous le sixi\u00c3\u00a8me \u00c3\u00a9tage du temple fran\u00c3\u00a7ais de la modernit\u00c3\u00a9. Des centaines de m\u00c3\u00a8tres de vitrines aseptis\u00c3\u00a9es recouvrent l\u00c3\u00a0 des brouillons, des courriers intimes, des cartes postales, des gadgets. Nul chef-d&rsquo;oeuvre, tr\u00c3\u00a8s peu d&rsquo;\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9ments charmants, \u00c3\u00a0 l&rsquo;exception de la collection de marionnettes imagin\u00c3\u00a9es par Sophie Taueber-Arp ! Rien que des cro\u00c3\u00bbtes et des plaisanteries, devenues au fil du temps des objets de culte. A ce titre, le plus fameux d&rsquo;entre eux, la Fontaine de Marcel Duchamp (un urinoir de fabrication industrielle, pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9 par l&rsquo;artiste lors d&rsquo;une exposition am\u00c3\u00a9ricaine de sculptures en 1917), tr\u00c3\u00b4ne en h\u00c3\u00a9ros. Il s&rsquo;agissait en 1917 d&rsquo;en rire, \u00c3\u00a0 pr\u00c3\u00a9sent les visiteurs se prosternent avec d\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rence et dans un silence absolu, int\u00c3\u00a9griste. Dommage. L&rsquo;int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat de l&rsquo;exposition consiste davantage dans les textes pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9s, m\u00c3\u00aame s&rsquo;ils n\u00c3\u00a9cessitent de nombreuses heures de lecture. \u00c2\u00ab lis tes ratures, tout est litt\u00c3\u00a9rature\u00c2\u00bb, \u00c3\u00a9crit \u00c3\u00a0 la plume le tr\u00c3\u00a8s jeune po\u00c3\u00a8te Philippe Soupault, sur une feuille de carnet \u00c3\u00a0 petits carreaux, en 1920. C&rsquo;est joli. Dada au Centre Pompidou, moins qu&rsquo;une exposition, est d&rsquo;abord une biblioth\u00c3\u00a8que. C&rsquo;est en effet dans le langage des mots que s&rsquo;est op\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9, entre 1916 et 1920, une dilatation v\u00c3\u00a9ritable des limites de la d\u00c3\u00a9finition de l&rsquo;oeuvre. A travers les centaines de courriers, de tracts, de fanzines, d&rsquo;annonces de spectacles et de bandes sons qui sont pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9es, le visiteur con\u00c3\u00a7oit combien, au sein d&rsquo;une Europe en pleine guerre mondiale, il \u00c3\u00a9tait devenu impossible de peindre des V\u00c3\u00a9nus et de sculpter des Apollon ; combien demeurer po\u00c3\u00a8te impliquait de passer les valeurs classiques \u00c3\u00a0 la moulinette. Quel dommage que cette exposition n\u00c3\u00a9glige le fait que tous les souvenirs ici pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9s ne sont issus que de col\u00c3\u00a8res et de blagues ! Dada voulait faire hurler et rire, inciter \u00c3\u00a0 la r\u00c3\u00a9volte. Objectif manqu\u00c3\u00a9 : \u00c3\u00a0 pr\u00c3\u00a9sent, il n&rsquo;est question que de conservation. Si la Joconde \u00c3\u00a0 moustaches, imagin\u00c3\u00a9e par Marcel Duchamp, \u00c2\u00ab L.H.O.O.Q \u00c2\u00bb, ceux qui la v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a8rent outre mesure ne sont que des pisse-froid.\u00c2\u00ab Dada soul\u00c3\u00a8ve tout ! \u00c2\u00bb\u00c2\u00ab Dada soul\u00c3\u00a8ve tout \u00c2\u00bb : la phrase de Soupault reproduite \u00c3\u00a0 l&rsquo;entr\u00c3\u00a9e de l&rsquo;exposition consacre la mani\u00c3\u00a8re dont tout souffl\u00c3\u00a9 retombe, attraction terrestre oblige. Si tout ce qui est pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9 au fil des salles appartient soit \u00c3\u00a0 la cat\u00c3\u00a9gorie des coups de gueule, soit \u00c3\u00a0 celle des fous rires, les uns comme les autres, aujourd&rsquo;hui d\u00c3\u00a9natur\u00c3\u00a9s par le commerce de l&rsquo;art, apparaissent d\u00c3\u00a9sormais surtout comme de belles arnaques. Un urinoir au milieu du salon, histoire de choquer les voisins ? D&rsquo;accord en 1917, et tant qu&rsquo;il a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 acquis \u00c3\u00a0 bon march\u00c3\u00a9 au bazar du coin. Achet\u00c3\u00a9 chez Sotheby&rsquo;s en 2005 pour des centaines de milliers de dollars, il n&rsquo;est pas rigolo, il est obsc\u00c3\u00a8ne. Tout comme la page consacr\u00c3\u00a9e au groupe m\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a8ne de l&rsquo;exposition, PPR (Pinault-Printemps-La Redoute), dans le dossier de presse de l&rsquo;exposition : plut\u00c3\u00b4t que d&rsquo;\u00c3\u00a9voquer la libert\u00c3\u00a9, la po\u00c3\u00a9sie, l&rsquo;imagination, la subversion dada\u00c3\u00afste, le texte reproduit l\u00c3\u00a0 signale que \u00c2\u00ab PPR a r\u00c3\u00a9alis\u00c3\u00a9 en 2004 un chiffre d&rsquo;affaires de 17,8 milliards d&rsquo;euros \u00c2\u00bb !<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Reproduits, copi\u00c3\u00a9s, imit\u00c3\u00a9s, tous les objets volontairement moches (par go\u00c3\u00bbt de la provocation et par besoin de lib\u00c3\u00a9ration) utilis\u00c3\u00a9s par les dada\u00c3\u00afstes ont g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 des hordes de p\u00c3\u00a2les d\u00c3\u00a9calcomanies vendues \u00c3\u00a0 prix d&rsquo;or, qui inondent \u00c3\u00a0 pr\u00c3\u00a9sent nos centres d&rsquo;art, et des flots de litt\u00c3\u00a9rature indigente. \u00c2\u00ab Le filon est d\u00c3\u00a9sormais recouvert d&rsquo;une gangue scientifique, dont l&rsquo;\u00c3\u00a9paisseur est d&rsquo;autant plus surprenante que les t\u00c3\u00a9moignages de l&rsquo;\u00c3\u00a9poque sont rares et ambigus \u00c2\u00bb, souligne tr\u00c3\u00a8s justement l&rsquo;une des auteurs du catalogue de l&rsquo;actuelle exposition, S\u00c3\u00a9verine Gossart. Lequel catalogue n&rsquo;en rajoute pas moins ses 1024 pages, comportant certaines erreurs (il y est dit par exemple que Marcel Duchamp est mort \u00c3\u00a0 New York), au corpus. Visiter l&rsquo;actuelle exposition permet de mesurer combien Dada se voulait a\u00c3\u00a9rien et combien l&rsquo;histoire de l&rsquo;art s&rsquo;applique \u00c3\u00a0 le plomber. C&rsquo;est en cela qu&rsquo;il importe de se rendre au Centre Pompidou.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Dada, jusqu&rsquo;au 9 janvier 2006, mus\u00c3\u00a9e national d&rsquo;art moderne, Centre Pompidou, Paris. Washington du 19 f\u00c3\u00a9vrier au 14 mai 2006 et au MOMA de New York du 18 juin au 11 septembre 2006.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><a title=\"site Centre Pompidou\" href=\"http:\/\/www.centrepompidou.fr\"><span style=\"font-size: x-small;\">http:\/\/www.centrepompidou.fr<\/span><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-small;\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ARTENSION publie dans le n\u00c2\u00b027 du mois de janvier une s\u00c3\u00a9rie d&rsquo;articles sur DADA donnant une dimension plus saisissable \u00c3\u00a0 l&rsquo;\u00c3\u00a9tonnant culte vou\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 la fontaine-urinoir de Marcel Duchamps. 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