{"id":268,"date":"2008-09-12T12:51:07","date_gmt":"2008-09-12T10:51:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=268"},"modified":"2008-09-18T20:48:03","modified_gmt":"2008-09-18T18:48:03","slug":"jai-lu-le-fil-dune-vie-de-goliarda-sapienza","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=268","title":{"rendered":"J&rsquo;ai lu: Le fil d&rsquo;une vie, de Goliarda Sapienza"},"content":{"rendered":"<p>[photopress:Goliarda_Sapienza.jpg,full,pp_image]<\/p>\n<p>Goliarda est une artiste Sicilienne, elle est com\u00c3\u00a9dienne. Le fil d&rsquo;une vie est un r\u00c3\u00a9cit autobiographique, celui d&rsquo;un travail psychanalytique peu ordinaire. C&rsquo;est une \u00c3\u00a9criture avant tout riche d&rsquo;images po\u00c3\u00a9tiques o\u00c3\u00b9 se c\u00c3\u00b4toient l&rsquo;imaginaire, le r\u00c3\u00a9el et le r\u00c3\u00aave sans cloisonnements et sans rep\u00c3\u00a8res bien \u00c3\u00a9vidents pour le lecteur. C&rsquo;est seulement vers la fin du livre, lorsque la \u00ab\u00a0cure\u00a0\u00bb psychanalytique prend forme que les s\u00c3\u00a9quences sont un peu mieux scand\u00c3\u00a9es.<\/p>\n<p>Les d\u00c3\u00a9finitions psychanalytiques y sont prenantes, malgr\u00c3\u00a9 leur violence, celle impos\u00c3\u00a9e aux d\u00c3\u00a9fenses de la patiente par le m\u00c3\u00a9decin est difficilement cr\u00c3\u00a9dible dans une analyse contemporaine, mais elle\u00c2\u00a0appartient aux ann\u00c3\u00a9es 70. Il est \u00c3\u00a9galement permis de se demander si les interpr\u00c3\u00a9tations du m\u00c3\u00a9decin ne sont pas plut\u00c3\u00b4t\u00c2\u00a0filtr\u00c3\u00a9es et\u00c2\u00a0durcies\u00c2\u00a0sous la plume\u00c2\u00a0hypersensible\u00c2\u00a0de l&rsquo;auteure.<\/p>\n<p>En cette quarantaine d&rsquo;ann\u00c3\u00a9es qui nous s\u00c3\u00a9parent de ce traitement, la psychanalyse a\u00c2\u00a0instaur\u00c3\u00a9\u00c2\u00a0une plus grande\u00c2\u00a0distance\u00c2\u00a0dans le\u00c2\u00a0transfert et\u00c2\u00a0le contre-transfert qui se jouent entre le patient et le th\u00c3\u00a9rapeute, et c&rsquo;est heureux s&rsquo;il on en juge par le drame qui conclue cette \u00ab\u00a0non cure\u00a0\u00bb et\u00c2\u00a0renvoie la patiente\u00c2\u00a0\u00c3\u00a0 son\u00c2\u00a0d\u00c3\u00a9sespoir\u00c2\u00a0suicidaire.\u00c2\u00a0<br \/>\nDans le r\u00c3\u00a9cit\u00c2\u00a0le\u00c2\u00a0m\u00c3\u00a9decin semble aussi amoureux que sa\u00c2\u00a0patiente et\u00c2\u00a0la p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a8tre brutalement par ses interpr\u00c3\u00a9tations. La d\u00c3\u00a9pendance avec le th\u00c3\u00a9rapeute\u00c2\u00a0est totale et l&rsquo;acte sexuel serait\u00c2\u00a0peut-\u00c3\u00aatre la seule issue lib\u00c3\u00a9ratrice et destructrice d&rsquo;une telle proximit\u00c3\u00a9. A la fin le m\u00c3\u00a9decin devient\u00c2\u00a0cassant pour \u00c3\u00a9chapper \u00c3\u00a0 la frustration de ce\u00c2\u00a0d\u00c3\u00a9sir de fusion. Soigner l&rsquo;autre pour se sauver soi-m\u00c3\u00aame? Deux \u00c3\u00a9pisodes\u00c2\u00a0en font la d\u00c3\u00a9monstration, celui\u00c2\u00a0o\u00c3\u00b9 il dit souhaiter qu&rsquo;elle le gifle, m\u00c3\u00aame s&rsquo;il y met un b\u00c3\u00a9mol, et celui o\u00c3\u00b9 il encourage\u00c2\u00a0 la patiente \u00c3\u00a0 se\u00c2\u00a0 mettre nue pour la rassurer sur sa capacit\u00c3\u00a9 de plaire. Il est voyeur, elle s&rsquo;exhibe, l\u00c3\u00a0 il est difficile de ne pas d\u00c3\u00a9celer l&rsquo;investissement trop personnel du th\u00c3\u00a9rapeute. D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est \u00c3\u00a0 la suite de ces s\u00c3\u00a9quences\u00c2\u00a0qu&rsquo;il d\u00c3\u00a9cide d&rsquo;interrompre le traitement, il reconna\u00c3\u00aet\u00c2\u00a0son\u00c2\u00a0\u00c3\u00a9chec. C&rsquo;est une v\u00c3\u00a9ritable trahison qui se joue et la relation prend des airs de drame d&rsquo;op\u00c3\u00a9ra. Elle l&rsquo;aime, il se fait d\u00c3\u00a9sirer, il l&rsquo;aime (dit-il) et il s&rsquo;enfuit, affol\u00c3\u00a9 par sa cr\u00c3\u00a9ation. Il la condamne par l\u00c3\u00a0 o\u00c3\u00b9 il pr\u00c3\u00a9tend la sauver. Il la fouille, la vide et l&rsquo;abandonne,\u00c2\u00a0dangereux th\u00c3\u00a9rapeute. Il approche de trop pr\u00c3\u00a8s le noyau incandescent, l&rsquo;oeil du volcan, le crat\u00c3\u00a8re de vie et la patiente y perd presque la sienne. Il s&rsquo;\u00c3\u00a9gare dans son propre d\u00c3\u00a9sir de transformer l&rsquo;autre, qui n&rsquo;est rien moins que de vouloir le ramener \u00c3\u00a0 sa propre dimension. Un soi qui juge la partie malade de l&rsquo;autre comme nocive, \u00c3\u00a0 \u00c3\u00a9radiquer sans retenue.<br \/>\nCe que peut la psychanalyse ? Se conna\u00c3\u00aetre, se reconna\u00c3\u00aetre, s&rsquo;apprendre et adoucir ainsi sa peine, oui.\u00c2\u00a0 L&rsquo;abandon est moins douloureux\u00c2\u00a0si les \u00c3\u00a9motions\u00c2\u00a0identifi\u00c3\u00a9es\u00c2\u00a0se rapportent plus\u00c2\u00a0\u00c3\u00a0 l&rsquo;enfance qu&rsquo;\u00c3\u00a0 la r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9. La douleur survient mais\u00c2\u00a0son codage s&rsquo;en trouve amorti. L&#8217;emphase dramatique perd de son ampleur. Mais ici, il s&rsquo;agit d&rsquo;une artiste et ce sens tragique, cette sensibilit\u00c3\u00a9 extr\u00c3\u00aame est\u00c2\u00a0le souffle vital de son existence, on ne peut la lui enlever sans lui \u00c3\u00b4ter son identit\u00c3\u00a9. Cette exp\u00c3\u00a9rience lui aura probablement offert un peu d&rsquo;espace vital, mais \u00c3\u00a0 quel prix? Ceci \u00c3\u00a9tant, Goliarda Sapienza en aura fait son miel en bonne artiste qu&rsquo;elle est. Ce tr\u00c3\u00a8s\u00c2\u00a0fort r\u00c3\u00a9cit autobiographique en est la preuve.<\/p>\n<p>Avec Goliarda, rien n&rsquo;est v\u00c3\u00a9cu\u00c2\u00a0dans la mod\u00c3\u00a9ration, tout avec elle est port\u00c3\u00a9 au paroxysme, la vie est toujours tr\u00c3\u00a8s proche de la mort. Le style d&rsquo;\u00c3\u00a9criture tr\u00c3\u00a8s libre est un peu difficile \u00c3\u00a0 suivre, mais le lecteur se trouve r\u00c3\u00a9compens\u00c3\u00a9 de son effort. Goliarda pose des images d&rsquo;enfance ind\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9biles, des sensations, des go\u00c3\u00bbts, des couleurs, des lumi\u00c3\u00a8res, des \u00c3\u00a9motions, de la chair et du sang, mais aussi de l&rsquo;histoire. On ne peut mieux\u00c2\u00a0p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9trer dans\u00c2\u00a0une famille\u00c2\u00a0sicilienne intellectuelle\u00c2\u00a0pendant la p\u00c3\u00a9riode fasciste, que par la voix de cette petite fille dont l&rsquo;expressionnisme est total.\u00c2\u00a0<\/p>\n<p>Editions Viviane Hamy \/ f\u00c3\u00a9vrier 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[photopress:Goliarda_Sapienza.jpg,full,pp_image] Goliarda est une artiste Sicilienne, elle est com\u00c3\u00a9dienne. Le fil d&rsquo;une vie est un r\u00c3\u00a9cit autobiographique, celui d&rsquo;un travail psychanalytique peu ordinaire. C&rsquo;est une \u00c3\u00a9criture avant tout riche d&rsquo;images po\u00c3\u00a9tiques o\u00c3\u00b9 se c\u00c3\u00b4toient l&rsquo;imaginaire, le r\u00c3\u00a9el et le r\u00c3\u00aave sans cloisonnements et sans rep\u00c3\u00a8res bien \u00c3\u00a9vidents pour le lecteur. C&rsquo;est seulement vers la fin [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[30,5,31],"tags":[],"class_list":["post-268","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-jai-lu","category-journal-de-musarde","category-psy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/268","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=268"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/268\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=268"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=268"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=268"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}