{"id":256,"date":"2008-06-14T22:10:44","date_gmt":"2008-06-14T20:10:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=256"},"modified":"2010-02-22T14:43:12","modified_gmt":"2010-02-22T12:43:12","slug":"des-mots-a-limage-laudace-de-lartiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=256","title":{"rendered":"Des mots \u00c3\u00a0 l&rsquo;image, l&rsquo;audace de l&rsquo;artiste"},"content":{"rendered":"<p>Que peut bien m&rsquo;apporter la \u00c2\u00ab bonne nouvelle \u00c2\u00bb dont l&rsquo;image est le v\u00c3\u00a9hicule, pour que je souhaite en contempler le spectacle jour apr\u00c3\u00a8s jour? (Le spectateur)<\/p>\n<p>Partant arbitrairement de deux th\u00c3\u00a8mes picturaux r\u00c3\u00a9currents dans mon travail, la surface de l&rsquo;eau et les cailloux, j&rsquo;aimerais tenter d&rsquo;en d\u00c3\u00a9broussailler le concept, esp\u00c3\u00a9rant saisir l&rsquo;indicible en empruntant p\u00c3\u00a9rilleusement quelques sentiers des mondes symbolique, psychologique et philosophique.<br \/>\nLes mots sont pour moi une source d&rsquo;inspiration essentielle, leur transformation en repr\u00c3\u00a9sentation graphique les ancre dans ma (la) r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9. Ces signes picturaux deviennent les traces m\u00c3\u00a9moire de ma pens\u00c3\u00a9e et servent de support \u00c3\u00a0 son \u00c3\u00a9panouissement. Tout ce qui concr\u00c3\u00a9tise mat\u00c3\u00a9riellement ces images, encre &#8211; huile ou autre, donne du temps au m\u00c3\u00bbrissement de mon \u00c3\u00aatre.<\/p>\n<p><a title=\"Voir photo sur Flickr\" href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/musarde\/120283866\/in\/set-72057594094292223\/\">La surface de l&rsquo;eau<\/a> capte dans son reflet tant le monde du dessus que celui du dessous. Ces deux mondes symbolisent le visible et l&rsquo;invisible &#8211; le conscient et l&rsquo;inconscient, le solaire et l&rsquo;ombre, H\u00c3\u00a9lios et H\u00c3\u00a9pha\u00c3\u00afstos, etc.<\/p>\n<p>Cette rencontre de deux mondes \u00c3\u00a0 la surface d&rsquo;un objet se retrouve dans l&rsquo;interpr\u00c3\u00a9tation que Sartre ou Levinas portent sur le regard. Mes yeux rencontrent un objet visage et, par la porte des yeux de l&rsquo;autre, il me sera peut-\u00c3\u00aatre donn\u00c3\u00a9 d&rsquo;entrer dans un autre monde, celui, invisible, de ses repr\u00c3\u00a9sentations, celui de sa pens\u00c3\u00a9e. Dans ce regard, Sartre craint de rencontrer l&rsquo;enfer alors que Levinas l&rsquo;appr\u00c3\u00a9hende de mani\u00c3\u00a8re d\u00c3\u00a9bonnaire, mais tous deux disent l&rsquo;importance du regard de l&rsquo;autre. Ce regard, si l&rsquo;enfan\u00c3\u00a7on en est priv\u00c3\u00a9, il en meurt.<\/p>\n<p>Quand le regard se porte sur l&rsquo;\u00c5\u201cuvre d&rsquo;art, peut-\u00c3\u00aatre n&rsquo;en saisit-il qu&rsquo;une surface sur laquelle il glisse sans y trouver d&rsquo;autre signification. Peut-\u00c3\u00aatre, au contraire, d\u00c3\u00a9couvre-t-il une porte d&rsquo;entr\u00c3\u00a9e menant \u00c3\u00a0 cet autre monde, la pens\u00c3\u00a9e de l&rsquo;artiste, sa recr\u00c3\u00a9ation du monde. De cette transcendance, ce d\u00c3\u00a9passement de la surface de l&rsquo;objet, ce voyage hors de l&rsquo;ordinaire, naissent de nouvelles repr\u00c3\u00a9sentations signifiantes pour le spectateur qui fertilisent le terreau de son propre d\u00c3\u00a9veloppement.<br \/>\nIl en va ainsi de l&rsquo;artiste qui tente de se r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9ler \u00c3\u00a0 lui-m\u00c3\u00aame. Guid\u00c3\u00a9 par son intuition et sa sensibilit\u00c3\u00a9, il parvient \u00c3\u00a0 une disponibilit\u00c3\u00a9 d&rsquo;esprit qui lui permet d&rsquo;accueillir son propre monde souterrain. C&rsquo;est de ses ressources inconscientes qu&rsquo;il re\u00c3\u00a7oit la divine inspiration. Il se met \u00c3\u00a0 disposition de l&rsquo;inconnu et se laisse guider par les exigences de l&rsquo;exp\u00c3\u00a9rience artistique. Il faut pour y parvenir qu&rsquo;il traverse les \u00c3\u00a9preuves de la peur &#8211; de l&rsquo;autocritique &#8211; de l&rsquo;impuissance et un douloureux l\u00c3\u00a2cher prise, avant que ne surgisse l&rsquo;improbable, l&rsquo;inesp\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9e cr\u00c3\u00a9ation.<\/p>\n<p><a title=\"Voir photo sur Flickr\" href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/musarde\/2410827155\/\">Les cailloux<\/a> sont en polarit\u00c3\u00a9 avec l&rsquo;eau dont la forme est insaisissable. Ils sont les t\u00c3\u00a9moins d&rsquo;une \u00c3\u00a9ternit\u00c3\u00a9 quantifiable, presque mesurable. La roche se subdivise au cours des mill\u00c3\u00a9naires jusqu&rsquo;\u00c3\u00a0 devenir pierre &#8211; cailloux &#8211; sable et poussi\u00c3\u00a8re. Les cailloux sont une marque de cette lente transformation, des objets mesurant l&rsquo;incommensurable temps, un secourable rep\u00c3\u00a8re, un rapport rassurant dans cet inqui\u00c3\u00a9tant infini.<br \/>\nLa pierre, \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9ment de rep\u00c3\u00a8re par sa fixit\u00c3\u00a9, m&rsquo;ancre au sentiment de stabilit\u00c3\u00a9 et me donne l&rsquo;appr\u00c3\u00a9ciable libert\u00c3\u00a9 d&rsquo;explorer mon propre cosmos, cet inconnu, ce vertigineux en moi.<\/p>\n<p>Pourquoi le spectateur s&rsquo;int\u00c3\u00a9resserait-il \u00c3\u00a0 la cr\u00c3\u00a9ation de l&rsquo;artiste ?<br \/>\nQuelle est cette part de\u00c2\u00a0moi en l&rsquo;autre? L&rsquo;autre serait-il\u00c2\u00a0 moi?<\/p>\n<p>Les regards peuvent appr\u00c3\u00a9hender les subjectivit\u00c3\u00a9s pour autant que nous les y autorisions. L&rsquo;artiste, pour sa part, d\u00c3\u00a9voile sciemment la sienne, il offre sa sensibilit\u00c3\u00a9 et son int\u00c3\u00a9riorit\u00c3\u00a9 en spectacle, c&rsquo;est le don qu&rsquo;il fait de lui-m\u00c3\u00aame, esp\u00c3\u00a9rant par l\u00c3\u00a0 donner du sens \u00c3\u00a0 son existence et trouver sa place dans la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9. Il expose sa vuln\u00c3\u00a9rabilit\u00c3\u00a9 sur la place publique. C&rsquo;est le chemin sacrificiel qu&rsquo;il choisit pour la reconnaissance de son \u00c3\u00aatre.<\/p>\n<p>Pourquoi ce choix ?<br \/>\nLorsque l&rsquo;indispensable attention n\u00c3\u00a9cessaire \u00c3\u00a0 l&rsquo;\u00c3\u00aatre a fait d\u00c3\u00a9faut, quand le regard bienveillant qui permet \u00c3\u00a0 l&rsquo;enfant (r\u00c3\u00a9el ou int\u00c3\u00a9rieur) de se d\u00c3\u00a9velopper a cruellement manqu\u00c3\u00a9, il ne lui reste plus, s&rsquo;il ne veut pas se r\u00c3\u00a9signer \u00c3\u00a0 l&rsquo;effacement, qu&rsquo;\u00c3\u00a0 refaire le monde, le recr\u00c3\u00a9er inlassablement jusqu&rsquo;\u00c3\u00a0 son improbable changement, jusqu&rsquo;\u00c3\u00a0 ce que justice lui soit rendue. Pour \u00c3\u00a9chapper \u00c3\u00a0 la folie ou \u00c3\u00a0 l&rsquo;an\u00c3\u00a9antissement, tel un d\u00c3\u00a9miurge, l&rsquo;artiste entreprend la reconstruction du monde avec le tenace espoir d&rsquo;\u00c3\u00aatre enfin reconnu par celui-ci.<br \/>\nPeut-on concevoir projet plus audacieux pour venir \u00c3\u00a0 bout du n\u00c3\u00a9ant ?<\/p>\n<p>Annette Gen\u00c3\u00aat, 8 juin 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que peut bien m&rsquo;apporter la \u00c2\u00ab bonne nouvelle \u00c2\u00bb dont l&rsquo;image est le v\u00c3\u00a9hicule, pour que je souhaite en contempler le spectacle jour apr\u00c3\u00a8s jour? (Le spectateur) Partant arbitrairement de deux th\u00c3\u00a8mes picturaux r\u00c3\u00a9currents dans mon travail, la surface de l&rsquo;eau et les cailloux, j&rsquo;aimerais tenter d&rsquo;en d\u00c3\u00a9broussailler le concept, esp\u00c3\u00a9rant saisir l&rsquo;indicible en empruntant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19,5,1],"tags":[],"class_list":["post-256","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-etats-dame-de-la-creation","category-journal-de-musarde","category-role-de-lart-contemporain"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/256","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=256"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/256\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":314,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/256\/revisions\/314"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=256"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=256"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=256"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}