{"id":144,"date":"2006-08-12T15:14:15","date_gmt":"2006-08-12T13:14:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=144"},"modified":"2024-07-13T17:22:27","modified_gmt":"2024-07-13T15:22:27","slug":"en-souvenir-de-stan-et-louise-white","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/?p=144","title":{"rendered":"En souvenir de Stan et Louise White"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/wp-content\/uploads\/Resize-Louise.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1411\" title=\"Louise White,1999\" src=\"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/wp-content\/uploads\/Resize-Louise-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/wp-content\/uploads\/Resize-Louise-198x300.jpg 198w, https:\/\/www.muzarte.net\/blog\/wp-content\/uploads\/Resize-Louise.jpg 568w\" sizes=\"auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span>Louise White, en 1999<\/span><\/p>\n<p><span> <\/span><\/p>\n<p><span><br \/>\nIl y a quelques jours Judy, la femme de Loren White que tout le monde appelle Dutch, m&rsquo;a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 pour me proposer de participer \u00e0 un m\u00e9morial en l\u2019honneur de Stanley et Louise White, un couple \u00e9tatsunien hors du commun.<br \/>\nPour commencer, je dois remercier Stan et Louise pour la libert\u00e9 que m\u2019a autoris\u00e9 leur ouverture d\u2019esprit et leur extraordinaire capacit\u00e9 d\u2019accueil. C\u2019est bien parce que j\u2019\u00e9tais certaine de retrouver ce port d\u2019attache au moment voulu que j\u2019ai pu m\u2019offrir le luxe de passer plusieurs mois aux USA avec mon fils en 1970. Ils m\u2019ont accueilli au retour, sans poser de question, comme un enfant qui rentre \u00e0 la maison. \u00c7a ne s\u2019oublie pas. Atterrir chez White, ce n\u2019\u00e9tait pas n\u2019importe o\u00f9. C\u2019\u00e9tait un fameux p\u00f4le de rencontres o\u00f9 il \u00e9tait difficile de vivre la solitude ou l\u2019isolement. C\u2019\u00e9tait un endroit r\u00e9ellement excitant, non seulement il y avait toujours du sang frais, mais il y avait un courant d\u2019id\u00e9es tr\u00e8s entretenu. On y d\u00e9battait \u00e9cologie, soci\u00e9t\u00e9, politique, art, philosophie, m\u00e9taphysique, et pour ce qui est de l\u2019amour on ne faisait pas qu\u2019en parler \u2013 bref, on y construisait un monde meilleur, \u00e7a va de soi. Inutile de dire que pour accompagner les c\u00f4t\u00e9s stimulants et cr\u00e9atifs, il y avait aussi quelques illusions dans l\u2019air et les maux existentiels noy\u00e9s dans le m\u00e9lange des identit\u00e9s ressurgissaient t\u00f4t ou tard. On \u00e9chappe difficilement \u00e0 ses propres chim\u00e8res, mais chez White elles \u00e9voluaient sur un \u00e9cran panoramique. Stan et Louise \u00e9taient des exil\u00e9s du Maccarthysme, leurs valeurs morales \u00e9taient fortes \u2013 le clan s\u2019\u00e9tait \u00e9difi\u00e9 en Europe sur ce fond d\u2019int\u00e9grit\u00e9. En d\u2019autres temps, Stan jeune et brillant avocat, aurait certainement d\u00e9velopp\u00e9 une belle carri\u00e8re aux USA, mais, pas plus que Louise, il n\u2019avait accept\u00e9 de se plier aux humiliations inflig\u00e9es par la violente s\u00e9gr\u00e9gation raciale en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait m\u00eame pas \u00e0 choisir. Amer destin d\u2019exil\u00e9s, rebelles peut-\u00eatre, mais jamais r\u00e9sign\u00e9s.<br \/>\nStan avait du coffre, non seulement physiquement par sa pr\u00e9sence imposante, mais il voyait grand, en patriarche conscient de son r\u00f4le, il avait implant\u00e9 son clan dans un terreau g\u00e9n\u00e9reux. La maison de Veyrier, pouvait contenir pas mal de monde et ceux qui ne trouvaient pas leur espace l\u00e0, construisaient une deuxi\u00e8me maison de la Roque sur C\u00e8ze.<br \/>\nDifficile d\u2019\u00e9valuer le nombre de jeunes qui ont gravit\u00e9 autour de cette tribu entre les ann\u00e9es 60 et 90, et qui comme moi, ont fait plus ou moins partie de la famille.<br \/>\nStan avait le sens des largesses et j\u2019ai souvenir qu\u2019il remplissait le frigidaire sans compter quand les traductions payaient bien. Il donnait l\u2019impression que l\u2019argent n\u2019avait pas d\u2019importance pourvu qu\u2019il y en ait. Il avait une fa\u00e7on tr\u00e8s directe, limite macho, de rabattre le caquet des femelles qu\u2019il jugeait trop excit\u00e9es (j\u2019en sais quelque chose), en somme il mettait bon ordre dans le poulailler. Je n\u2019oublierai pas non plus ses baisers de propri\u00e9taire chaque nouvel an. Bref un m\u00e2le dominant.<br \/>\nLouise, c\u2019\u00e9tait du concentr\u00e9 de bonne femme, du caract\u00e8re, un regard d\u2019aigle, un jugement pointu. Elle vous calibrait en quelques secondes. N\u2019emp\u00eache que dans les moments un difficiles, je me suis souvent adress\u00e9e \u00e0 ses talents divinatoires. Elle savait exactement les mots sur lesquels s\u2019appuyer pour vous tracer un futur acceptable. Elle pointait juste, au bon endroit, sachant designer une direction rassurante. Un d\u00e9m\u00e9nagement, un changement de carri\u00e8re, des h\u00e9sitations, un enfant, un projet important &#8211; je faisais confiance \u00e0 sa vision du monde. Je n\u2019ai peut-\u00eatre pas suivi toutes ses directions \u00e0 la lettre mais je me suis souvent r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 ses conseils et \u00e0 ses critiques pertinentes pour l\u2019essentiel. Louise se lan\u00e7ait fr\u00e9quemment dans des rh\u00e9toriques sophistiqu\u00e9es et la plupart du temps je ne pouvais pas la suivre, mon anglais ne m\u2019y autorisait pas mais j\u2019admirais son incroyable capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019extraire de la r\u00e9alit\u00e9 ordinaire. J\u2019ai connu Louise bijouti\u00e8re, tisserande quand elle n\u2019\u00e9tait pas secr\u00e9taire ou traductrice, puis chroniqueuse radiophonique virulente jusqu\u2019\u00e0 la toute fin de sa vie. Je n\u2019ai pas connu sa p\u00e9riode beaux-arts, mais j\u2019ai vu des croquis qui ne d\u00e9m\u00e9ritaient pas. Louise \u00e9tait multiple, intelligente et pour ne rien g\u00e2ter de son impressionnant capital d\u2019\u00e9nergie, elle est rest\u00e9e une rivale vigoureuse jusqu\u2019aux moments ultimes de son existence. Elle savait s\u2019entourer d\u2019une compagnie d\u2019adorateurs masculins et les derniers mois de sa vie sont inoubliables. D\u00e8s l\u2019annonce de la maladie, il n\u2019y a pas eu un soir o\u00f9 elle n\u2019ait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9e et entour\u00e9e par ses admirateurs. Elle n\u2019a eu qu\u2019un seul regret face \u00e0 la mort, c\u2019est de devoir arr\u00eater la f\u00eate. Qui peut m\u00e9riter une telle fin, \u00e0 86 ans, si ce n\u2019est une grande dame et comment lui rendre mieux hommage ?<br \/>\nDepuis juin 2000, Louise figure sur l\u2019autel de mes anc\u00eatres d\u2019adoption, son esprit m\u2019accompagne.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span>Depuis juin 2000, Louise figure sur l&rsquo;autel de mes anc\u00c3\u00aatres adopt\u00c3\u00a9s, son esprit m&rsquo;accompagne. Hugh!<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Louise White, en 1999 Il y a quelques jours Judy, la femme de Loren White que tout le monde appelle Dutch, m&rsquo;a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 pour me proposer de participer \u00e0 un m\u00e9morial en l\u2019honneur de Stanley et Louise White, un couple \u00e9tatsunien hors du commun. 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